Eradication des tares

 

Doit on obligatoirement éradiquer toutes les tares génétiques ?

La réponse évidente pour le particulier sera oui, n’ayant pas envie que son chien souffre d’un handicap !

La réponse du généticien, du scientifique, sera non, puisque chez chaque être vivant certains gènes sont défectueux, et que de nouvelles tares apparaissent inéluctablement au cours des générations, il est totalement impossible de créer des individus indemnes de toutes tares et surtout de maintenir cette pureté au cours du temps !

Le but de l’éleveur/sélectionneur ne sera donc pas forcément d’éradiquer ces tares, mais de composer avec et d’en minimiser les effets, de faire en sorte que certaines tares n’existent dans la race qu’à l’état latent mais ne s’expriment pas !

Les choix impliquent les risques :

 

La notion de Race n’existe, rappelons le, que parce que l’homme en a décidé ainsi, dans la nature la reproduction se fait « au petit bonheur » et c’est la règle du plus fort et du mieux adapté qui prime.

L’homme en a donc décidé autrement, il a lui-même adapté le chien à ses goûts divers, gérant aptitudes et aspect, pour cela il a même sélectionné sur des tares génétiques et les a encouragées pour créer des races, c’est surtout dans le domaine du physique qu’on a encouragé ces tares !

C’est comme ça qu’en 20000 ans de domestication on est passé du Loup au Chihuahua par exemple, type qui n’aurait aucune chance dans la nature et que la loi du plus fort aurait bien vite fait d’éliminer !

Un autre exemple, le Berger Allemand moderne, là on a conservé le gabarit et l’aspect du Loup originel, mais… pour des raisons esthétiques qui ne se justifient pas au point de vue aptitudes on a préféré le sélectionner hyper-angulé, créant ainsi une articulation extrêmement faible, sensible aux problèmes de dysplasie de la hanche, une faible déformation de la tête du fémur (normale dans la nature), qui ne poserait pas de problème dans une race avec une articulation plus fonctionnelle  peut s’avérer catastrophique dans cette race !

Dans le cas du Saffie, la sélection sur une peau épaisse et grasse protectrice et un poil ras a généré une sensibilité au démodex (de même que chez l’homme une peau grasse est une peau à points noirs, manifestation humaine du démodex) .

Il est donc tout à fait normal qu’une manifestation de légère démodécie soit normale dans la race (comme chez l’homme l’acné juvénile).

La rançon de la popularité :

 

Par contre ce qui est totalement anormal dans la race, c’est la dysplasie de la hanche, elle n’existait pas à l’origine et n’avait aucune raison d’apparaître dans la race : l’arrière main robuste sans excès ni manque d’angulation, la taille modérée du chien, son aspect sportif sans lourdeur ne le disposait pas à cette tare.

La dysplasie est apparue récemment chez le Staffordshire Bull Terrier, à cause de mauvaises pratiques des éleveurs et des propriétaires, elle atteint un taux maintenant alarmant puisque le Staffordshire Bull Terrier est maintenant classé au 19 ème rang des races les plus touchées aux Etats Unis.

En effet certains ont tenté d’alourdir la race pour flatter le goût du public tout en lui donnant une existence plus sédentaire, l’engouement pour la race a été aussi responsable de la diffusion de cette tare puisqu’on a fait reproduire n’importe quoi, n’importe comment … pour le fric!

 Les tares sont là, comment s’en débarrasser ?

 

La méthode radicale :

 

Retirer tous les chiens suspects de transmettre la tare de la reproduction.

Ca ne pourra être envisagé que pour les tares très graves et relativement peu répandues, sinon on fera disparaître la race en faisant disparaître la tare !

Si on ne connaît pas l’origine de la tare, toute politique d’éradication donnera, aux mieux des résultats très mitigés, sinon vouée à l’échec.

Il y une quarantaine d’années les Allemands ont voulu éliminer le monorchidisme / cryptorchidisme dans le boxer, ils ont éliminé de la reproduction non seulement les individus atteints, mais également tous leurs collatéraux, plusieurs années après ils ont découvert qu’il y avait toujours la même proportion de monorchides / cryptorchides dans la race.

On ne peut pourtant pas dire que cette campagne ait été un échec, car le taux de chiens atteints s’est stabilisé, qui sait s’il n’aurait pas fortement augmenté si on n’avait rien fait.

Par contre il ya dégradation du pool génétique, on se prive ainsi de lignées entières, il peut également se produire une perte de conformité au standard dans la mesure où on peut avoir recours à des sujets moins typés qui n’ont d’intérêt que de ne pas être impactés par la tare et qui reproduiront pour palier l’insuffisance d’individus sains, augmentant ainsi l’occurrence de gènes néfastes dans la race.

Maintenant on considère, dans quasiment tous les pays, qu’en se contentant d’éliminer de la reproduction les sujets atteints on maintien la tare à un niveau acceptable.

Ceci démontre les limites de la méthode radicale.

Mais par simple précaution c’est une bonne politique que de ne pas faire reproduire les animaux malades.

 

« Domestiquer » la tare :

 

Il suffit de marier le porteur sain avec un partenaire indemne, ainsi même si on n’éradique pas la tare on l’empêche de s’exprimer.

Le but n’est pas de produire des animaux parfaits, mais des animaux en bonne santé.

Ceci n’est valable qui si on dispose des tests génétiques permettant de détecter de manière fiable les porteurs sains et si le mode de transmission de la tare est autosomique récessif , mais c’est une méthode très efficace si on joue le jeu !

Si elle est bien menée, elle préserve le pool génétique et ne dégrade pas la conformité au standard du cheptel, surtout dans les races à faible effectif et/ou à pool génétique restreint.

Elle est applicable même dans le cas où une tare est fortement implantée dans la race.

Cette méthode n’a aucun intérêt si on l’utilise par facilité, si on a simplement le « malheur » d’avoir un porteur sain dans son élevage sans que les qualités de celui-ci justifient le recours à cet individu car on dispose par ailleurs de collatéraux présentant les  mêmes qualités mais étant indemnes.

Elle nécessite un recours systématique aux tests génétiques existants.

L’inconvénient est que si on ne joue pas le jeu on risque fort de produire des malades.

Les politiques des clubs :

 

Suivant les connaissances des membres de la commission d’élevage et les sensibilités personnelles, les politiques des clubs sont très différentes.

 

Les inconvénients d’une politique trop restrictive sont qu’elle ouvre la porte à la tricherie et pousse à l’utilisation de chiens qui n’ont, comme qualité,  que le fait d’être indemnes de la tare concernée, encombrant ainsi le pool génétique de caractères indésirables susceptibles, à terme, de remettre en cause les caractéristiques mêmes de la race.

La politique à suivre est, à mon avis, une politique incitative par le biais de la grille de cotation, favorisant les chiens de qualité indemnes de cette tare.

Ainsi la tentation de tricherie n’est pas trop grande mais le recours aux chiens porteurs sains est sanctionné par rapport aux chiens de qualité indemnes sans que ça soit interdit.

 

C’est la politique qu’applique le CFABAS à l’heure actuelle.

 

Annexe :

 

Ce qu’en disent les zootechniciens :

Lutte contre les tares génétiques du regretté Professeur Quiennec, cet article date un peu.

Interviews du Dr Chaudieu membre de la Commission Zootechnique de la SCC

Interview du Dr Chaudieu en 2004

Interview au Concours Agricole 2010